14 Nov

La BD pas juste pour les enfants!

Je suis un adulte. Je lis des BD. Des BD pour adultes. Car oui, la BD, c’est aussi pour les adultes.

J’ai découvert la BD, comme la plupart des gens, avec Spirou, Tintin, les Schtroumpfs et j’en passe.  Quand j’étais petit, dans ma bibliothèque municipale, il y avait deux sections BD.  L’une au rez-de-chaussée qui était consacrée aux BD dites pour jeune public et l’autre au premier étage qui comprenait les BD dites adultes.  Cette dernière était réservée aux usagers âgés de seize ans et plus.  De plus, la dame qui s’occupait de l’aide aux lecteurs et de la BD était aussi vive et impitoyable que Conan le bibliothécaire du film UHF et possédait une vision aussi perçante que celle d’Heimdall!  Bref, impossible pour moi d’y aller.

Mais, j’ai la chance d’avoir un frère plus âgé que moi qui lui pouvait passer la vigilance de Conan puisqu’il avait l’âge de monter dans le sanctuaire interdit!  Il laissait traîner ses emprunts dans sa chambre et quand il partait, tel un voleur, j’allais consulter les BD.  La première que j’ai vue et essayer de lire était un Hiver de clown dans la série Jeremiah faite par Hermann.  J’ai été soufflé par le dessin extraordinaire.  Un dessin qui était pour moi du jamais vu.  Et là, j’ai pris la décision que moi aussi j’irais sur l’étage des BD interdites.

Me voilà donc en train de préparer mon crime et de trouver la meilleure façon de passer Conan sans me faire remarquer et ensuite, comme un ninja, monter l’escalier qui me paraissait interminable pour avoir accès à cet endroit tant convoité.  Me croirez-vous si je vous dis que j’ai réussi du premier coup?  C’est pourtant la vérité.  Tel le plus discret des voleurs, j’ai merveilleusement bien réussi mon coup et j’ai réalisé toutes les étapes que j’avais prévisionné dans ma tête la veille.  Me voilà donc sur l’étage interdit.  Mon cerveau était en ébullition.  Que s’y cachait-il?  Quelles BD pouvaient être si importantes pour avoir un si grand contrôle?  Est-ce que d’autres Jeremiah se cachaient dans les méandres de ces rayons remplis d’albums?  Et ce jour fût un grand jour pour moi!

J’ai pénétré dans un autre monde.  Un univers de trucs complètements fous et improbables pour un jeune esprit comme le mien à l’époque.  Je me rappelle de m’être assis sur le vieux tapis qui couvrait le plancher pour y feuilleter l’Incal.  J’ai découvert, dès ma première infraction, l’oeuvre de Arno et Jodorowsky, Alef-Thau.  J’ai trouvé les autres Jeremiah et j’ai dévoré le tome 1 en moins de 30 minutes.  Quand vous lisez La Nuit des rapaces pour la première fois, la toute première planche vous change à jamais.  Je l’ai probablement lu trop jeune, mais avec le recul, c’est cette lecture qui a forgé mon amour inconditionnel pour la BD.  Pas cette BD que je lisais avant, mais cette BD qui m’était maintenant connue.  C’est le jour un de ma passion.  Par la suite, j’ai répété ma routine et j’ai pratiquement tout lu ce qu’il y avait à lire.  J’ai connu les plus grands, Moebius, Bilal, Hermann et j’en passe.  J’y ai connu Akira d’Otomo, Ghost in the Shell de Shirow, bref, j’ai eu accès au monde des grands!

Aujourd’hui, je me rends compte que cet étage merveilleux est encore interdit pour plusieurs personnes.  Pas qu’elles ne veulent pas y aller, mais parce qu’il est caché à leurs yeux.  En associant trop souvent la BD aux enfants, nous occultons cet univers si passionnant.  Ce qui est triste, c’est que les préjugés envers la BD sont souvent véhiculés par les acteurs du livre eux-mêmes!  En ne proposant que des BD destinées aux plus jeunes, ils contribuent à garder cette association BD-Enfant.   Cette BD “adulte” est provocante, irrévérencieuse, sans censure.  Elle parle de politique, de société, de violence, de sexe, d’amour, de la vie.  Elle nous questionne, nous chamboule, nous enseigne.  Elle nous permet de rentrer dans les têtes de ses créateurs et d’avoir accès à une petite partie de leur pensée. Cette BD est un univers riche et absolument extraordinaire qui doit sortir de son étage pour être présentée à tout le monde.

Comme je suis un être généreux et que Noël arrive rapidement, j’ai décidé de vous présenter cinq BD à mettre sous les sapins cette année.  Cinq BD réalisées par des Québécois qui ont bousculé le monde de la BD en 2017 et que vous devez absolument lire.

 

L’esprit du Camp, T.01.  Studio Lounak.  Scénario et dessins de Falardeau et couleurs de Cab. 21.95$

Avec sa nouvelle BD, Michèle Falardeau nous démontre encore tout l’étendue de son immense talent.  Son coup de crayon onirique est magistral et son histoire nous rappelle nos souvenirs de camp de vacances.  Un récit humoristique doublé d’une petite touche fantastique.  L’histoire y est palpitante et nous laisse sur notre faim! Cab, qui nous a donné l’immense Hiver Nucléaire, nous démontre pourquoi elle est considérée comme un étoile présente et future de la BD en réalisant la coloration de cette oeuvre de brillante façon.

 

 

 

 

Betty Boob. Casterman.  Scénario Véro Cazot et dessins Julie Rocheleau.  36.95$

La dessinatrice Rocheleau, n’a pas besoin de présentation.  Sa reprise de Fantômas avec Olivier Broquet au scénario a été saluée par la critique. Ici, elle signe avec sa scénariste une BD au sujet délicat et malheureusement qui frappent trop de femmes, le cancer du sein.  Cette BD muette, nous parle avec émotion et réalisme de l’histoire d’une femme qui perd un sein dû à la maladie et les conséquences de cette perte.  C’est humain, triste, joyeux et ça nous brasse.  Une lecture unique!

 

 

 

 

Red Ketchup 09. Elixir X.  La Pastèque.  Scénario Réal Godbout et dessins Pierre Fournier.  18.95$

Red, c’est une icône de la BD québécoise.  Les auteurs, avec lui, nous font rire mais dénoncent également une société qui est imparfaite où, parfois, la fiction rejoint la réalité!  C’est gros, quelques fois trop, mais c’est un incontournable!

 

 

 

 

 

Comment je ne suis pas devenu moine.  Futuropolis.  Scénario et dessins Jean-Sébastien Bérubé.  49.95$

Une BD très intimiste pour l’auteur qui nous a donné la brillante série Radisson.  C’est son histoire que nous lisons dans cette BD.  Nous voyageons avec lui dans son parcours très personnel pour la recherche de son identité spirituelle.  Une oeuvre magistrale qui est pour moi, l’une des meilleures BD de cette année.

 

 

 

 

 

Extases tome 1.  Où l’auteur découvre que le sexe des filles n’a pas la forme d’un x…Casterman.  Scénario et dessins JeanLouis Tripp. 32.95$

Monsieur Tripp est Québécois d’adoption, il a enseigné longtemps la BD et nous a donné, avec Régis Loisel, l’une des plus belles séries qui parle de nous, Magasin Général!  Ici, il ose!  Avec son Extases, il parle sans censure aucune de sa découverte de la sexualité, de l’amitié et de l’amour.  Il fait remonter en nous des souvenirs qui sont souvent trop enfouis profondément.  Ici le sexe est, décrit et montré comment il devrait l’être.

 

 

 

 

 

Voilà, la BD c’est aussi pour les adultes !

Marc “The Paper Man” Gagnon

Technicien en documentation à la Bibliothèque François-Hertel

Podcasteur pour le Podcast des Crinqués

Geek et Bédéphile

17 Oct

Un Comicon c’est plus que des déguisements.

Dans les derniers jours, j’ai eu l’occasion de voir divers articles traitant du Comicon de Québec et la plupart, sinon tous, parlaient des participants déguisés en différents personnages de la culture populaire; ce qu’on appelle le cosplay. Je dois vous admettre que ça me désole un peu parce qu’un Comicon, c’est plus que des déguisements.

À l’origine, un Comicon c’est une convention de comics.  Le premier a été fondé en 1970 par Shel Doft et a eu lieu à San Diego.  L’événement s’est ouvert par la suite à une plus large culture geek et populaire comme le cinéma, les jeux, les mangas, les séries télés et bien entendu le cosplay qui est devenu l’emblème médiatique de ces conventions.

On le sait, la culture geek est de plus en plus populaire.  Maintenant, c’est “cool” d’être geek.  Il fut pourtant une époque où c’était totalement le contraire!  Les conventions ont certainement aidé à démocratiser cette culture mais depuis un certain temps, elle la stigmatise sans le savoir par une couverture médiatique qui s’intéresse seulement au phénomène du cosplay.  En se faisant, on passe souvent sous le silence la raison même de leur création, les comics!  Comprenez-moi bien, je ne suis en rien contre le cosplay, au contraire, je crois que c’est une partie de la culture geek qui est extraordinaire et qui démontre très bien la grande passion des gens qui pratiquent cet art.  Car oui, le cosplay, c’est un art.  Cela demande un énorme travail de recherche et de conception pour bien personnifier ces personnages.  Il serait intéressant de bien comprendre le pourquoi du besoin de ces personnifications au lieu d’en faire de belles photos vides de sens mais qui sont tellement jolies et spectaculaires pour parler une fois par année du Comicon.  Le cosplay, comme la culture geek, ce n’est pas seulement des déguisements!

La culture geek, c’est vaste.  Elle est un amalgame de plusieurs passions mises ensemble pour créer un collectif qui regroupe des gens passionnés.  Une convention comme le Comicon sert à mettre en l’avant plan ces passions et les partager à monsieur et madame tout le monde.  Les médias, en mettant l’emphase que sur le cosplay, passent à côté même de la mission du Comicon.  En ne parlant pas des artistes, des bédéistes, des auteurs, et j’en passe, c’est tout un pan de la culture qui est laissé dans l’ombre des cosplayers.  Cela a pour effet, dans la population en général, de réduire la culture geek à seulement des déguisements.

En tant que geek, nous avons un devoir de rectifier le tir et de bien expliquer ce qu’est la culture geek et à quoi sert un Comicon.  Si nous voulons que cette culture, qui est la nôtre, continue de s’épanouir et s’ouvrir sur le monde, nous devons en parler, la présenter, la publiciser.  Pas seulement l’une de ses facettes mais bien l’ensemble qui fait que cette culture soit si passionnante et populaire!

Marc “The Paper Man” Gagnon, podcasteur

Podcast des Crinqués

31 Août

Ready Player One, le livre de la génération X

Quand j’étais petit, il y a fort longtemps, je voulais être astronaute. J’ai vite compris que je n’avais ni le talent, ni l’intelligence pour aller dans l’espace! J’ai également toujours voulu écrire, mais là encore, la vie ne pas pourvu de cette habileté. En fait, je ne suis pas venu au monde avec un talent particulier mais bien avec plusieurs que j’ai développé tout au long de ma vie. Je n’étais pas prédestiné à devenir technicien en documentation, mais j’ai vite compris que les livres allaient me donner les outils nécessaires pour faire de mes petits talents la base de ma carrière!
Je suis un enfant des années 80, un pur produit de la génération X. J’ai vécu ces années avec passion et évermeillement. J’en suis encore amoureux d’ailleurs! Amoureux de la musique, des films, des jeux, bref de tout. Ces années qui ont vu l’explosion de la technologie sont, à mon avis, les racines de la culture geek. Aujourd’hui, plus que jamais, les années 80 sont présentes dans les films, les jeux, les séries, les romans, les BD et j’en passe. Les jeunes d’aujourd’hui s’intéressent de plus en plus à ces années bénies.
En 2011, un type, comme moi, à publié un livre du nom de Ready Player One. Deux ans plus tard, soit en 2013, le livre fût traduit en français. J’avais entendu parler de ce livre. La critique en disait le plus grand bien. On parlait d’un livre culte, d’un hommage grandiose aux années 80. Un livre précurseur qui parlait de la réalité virtuelle comme aucun n’en avait parlé avant. On le qualifia de Saint Graal de la culture geek! Vous pouvez deviner que j’avais hâte de pouvoir mettre la main dessus pour le lire! C’est arrivé en mars 2013. Le 10 pour être précis, je m’en rappelle très bien. Le 11, j’avais dévoré les 400 pages du livre et j’étais sous le choc! Le choc d’avoir un livre qui définit si bien ce qu’est la culture geek. Le choc d’un livre qui a été écrit par un type comme moi, qui a vécu les mêmes années que moi et qui les aime comme moi. Le choc de m’avoir senti tellement absorbé que j’ai eu l’impression que l’auteur était venu jouer dans mes souvenirs d’enfance!
Ernest Cline a écrit le livre d’une génération, ma génération! C’est un condensé de références aux années 80 mit dans un contexte dystopique et futuriste qui démontre précisément ce qu’est une partie de la culture geek d’aujourd’hui. Une culture qui carbure à la nostalgie tout en se tournant vers les technologies de demain. L’histoire tourne autour d’un génial créateur de jeu qui, avec l’aide de son meilleur ami, a créé un système de jeu dans un monde virtuel, l’OASIS. Un monde qui permet à l’humanité de s’échapper de la triste réalité pour se plonger dans un univers virtuel où tout est permis. Ce créateur, asociale, seul et troublé, meurt au tout début de l’histoire. Sans héritier, il laisse son immense fortune à celui qui pourra trouver un œuf de Pâques caché dans l’OASIS. Pour ce faire, il laisse un indice pour trouver trois clés qui pourront ouvrir trois portails qui mèneront à l’oeuf! Ce personnage, qui lui aussi est un enfant des années 80, développa une immense nostalgie pour ces années et son dernier jeu, celui pour trouver l’oeuf, sera teinté de cette nostalgie. Tout y passe, jeux, films, musique, séries télévisées, jouets, etc.
Tous les utilisateurs de l’OASIS vont devenir joueur mais certains, les plus crinqués, vont devenir de vrai geek des années 80! Ils vont étudier tout ce que le créateur a fait, a jouer, a développer, a écouter, a lu lors de sa jeunesse pour essayer de trouver l’oeuf. Chaque chapitre est comme un niveau et plus le niveau monte, plus la course à l’oeuf devient intense. La réalité et le virtuel vont se mélanger et leurs frontières seront de plus en plus reliés. Les joueurs, seront portés à réaliser plusieurs épreuves pour trouver les indices vers l’oeuf et la fortune. Science-fiction, fantasy, horreur, amour, suspense, tous les styles sont présents dans ce roman. Chaque personnage est bien développé et le lecteur peut facilement se retrouver un peu dans chacun! Très descriptif, l’auteur décrit très bien les mondes, tant réel que virtuel.
Je n’ai jamais été capable d’écrire, j’en ai pas le talent comme je le disais plus haut, mais ce livre, j’aurais aimé l’écrire! J’aurais aimé l’écrire parce que c’est une partie de moi qui s’y trouve. C’est une partie de ma personnalité qui est dedans. C’est mes souvenirs qui y sont décrits. Bien que je connaisse aucunement Ernest Cline et que les chances de le rencontrer un jour sont pratiquement inexistantes, j’ai l’impression qu’il est mon ami, mon compagnon de jeux. Lui est le mage, moi je suis le guerrier!
Alors, quand vous irez chercher ce livre à votre librairie ou votre bibliothèque, je sais que vous allez le faire, et que vous commencerez à le lire, trois mots seront à jamais inscrits dans vos souvenirs, Ready Player One?
Player One, Ernest Cline, M. Laffont, 2013, 27.95$
24 Avr

The Paper Man Chronique 19

Salut,

aujourd’hui pour ma chronique, les nouveautés BD de la Bibliothèque François-Hertel.

Je vais également parler de Mémoires d’autres Temps de Enki Bilal. Xoco de Thomas Mosdi, Olivier Ledroit et Palma et de la passion de Diosamante de Alejandro Jodorowsky et Gal.

Je vais répondre, comme d’habitude, à vos salutations et questions en direct!

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24 Avr

The Paper Man Chronique 18.

Au menu aujourd’hui :

Légendes des contrées oubliées de Chevalier et Ségur
Les Tourbières noires de Christophe Bec
Sanctuaire de Xavier Dorison et Christophe Bec
Tebori de Robledo et Toledano
et
Blacksad de Canales et Guarnido.

Je reviendrais également, mais rapidement, sur mon visionnement de GITS et je vais répondre à vos questions en direct.

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24 Avr

The Paper Man Chronique 16

J’ai décidé de vous parler de la série Lanfeust de Troy écrite par Christophe Arleston et dessinée par Didier Tarquin et de la série Gipsy écrite par Thierry Smolderen et dessinée par Enrico Marini,

Et je vais répondre à vos questions en direct comme d’habitude.

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